Argumentaire

Les voyages ont, de tous temps, stimulé les connaissances. En Occident, les récits de l’Iliade, de Homère, le livre des Merveilles de Marco Polo, les écrits de César sur la Guerre des Gaules ou l’étude du manuscrit du voyage de Saint Brendan nous renseignent sur l’état de développement des civilisations et les peuples rencontrés. Ils ont surtout exercé une certaine fascination sur les imaginaires qui participeront à l’élaboration d’une culture européenne, faite de brassages multiculturels. Si la littérature a abondamment témoigné de ces périples et rencontres interculturelles, ces contacts ont profondément affecté au cours des siècles d’autres disciplines comme la philosophie, la géographie humaine, les arts, l’histoire, mais aussi les mathématiques, les sciences du vivant et celles de l’ingénieur. A partir du Moyen Âge, le voyage est au cœur des apprentissages des compagnons pour concevoir l’œuvre qui clôturera la première phase de leurs apprentissages. Plus récemment, et jusqu’au 19ème siècle, la formation par le voyage s’est révélée un dispositif central de la formation des jeunes aristocrates ou des artistes, parcourant leur « Grand Tour ». Enfin, le roman « Sur la route » de Jack Kérouac servira de modèle aux enfants de la beat generation, afin de parvenir au détachement des biens matériels par l’épreuve du déracinement et la rencontre de l’altérité en faisant l’expérience de l’ailleurs. Il s’agit également de réaliser par la découverte de cet ailleurs une réponse à la quête de soi.

La dimension éducative et formative du voyage est donc multiple. A l’époque de la mondialisation, le rapport entre voyage et formation prend une toute autre coloration. Dans les Grandes Ecoles et Ecoles d’ingénieurs, les Instituts de Formation du champ social et de la santé, et jusque dans les facultés de médecine, la formation par le voyage prend une place de plus en plus grande dans les cursus de formation. Les mobilités conjuguent alors par les expériences de l’ailleurs qu’elles font vivre, dans le cadre de l’alternance pour les parcours d’apprentissages, lors des missions humanitaires pour les professions de santé… les processus de formation du sujet, le développement d’une citoyenneté transnationale et l’acquisition de compétences intégrant la diversité des rapports à soi, au corps, aux autres et au monde. La post-modernité s’ouvre sur la forte prospérité des mobilités à l’échelle planétaire, mobilités choisies ou subies. De nouvelles pratiques sociales démocratisent les déplacements intercontinentaux grâce au développement du low cost et de l’économie collaborative, à travers notamment le succès du couchsurfing.

Les différentes formes de voyages (touristiques, d’études, professionnels, initiatiques) voire de migrations (subies ou choisies) sont pensées dans ce colloque comme des occasions d’apprendre, de se former, de se professionnaliser, par la rencontre interculturelle, l’épreuve de l’étrange et l’accueil de l’altérité. La réflexion peut porter sur les acquis expérientiels du voyage et les processus de formation de soi, mais aussi partir de l’étude d’œuvres littéraires, d’expériences ou de pratiques de formation, de l’analyse de dispositifs pédagogiques ou de périodes professionnelles. Ce colloque visera donc à « penser le voyage », à la fois dans ses formes anciennes et contemporaines, dans ses potentiels de formation, relevant des processus d’autoformation à situer dans le cours de l’existence, dans les cursus de formation, mais aussi comme modalité de développement professionnel. 

Dans ce contexte, les Sciences de l’Education et de la Formation seront invitées à éclairer, à travers ce colloque, les quatre grandes dimensions qui relient voyage et formation de soi :

Axe 1 : La dimension existentielle et biographique, soit les configurations par lesquelles l’expérience du voyage advient ou s’impose comme moment particulier du parcours de vie. Ce moment singulier de l’histoire du sujet peut prendre la forme de l’épreuve que la personne se propose ou s’impose, condition d’une expérience vécue et d’une possible transformation de soi et des rapports entretenus avec le monde quotidien. 

Axe 2 : La dimension pédagogique, réfléchissant la place des expériences de mobilité dans les formations ou dans les modalités d’accompagnement, pouvant relever de dispositifs institutionnels (école, champ du travail social, de l’éducation thérapeutique, des formations en santé, etc.) ou encore de formations basées sur l’alternance. Il s’agit ici d’analyser les types d’apprentissages rendus possibles à travers une pédagogie de la rencontre et l’immersion prolongée dans des situations d’interculturalité, visant l’émancipation des apprenants.

Axe 3 : La dimension de développement professionnel, travaillée à partir de l’étude des acquis expérientiels, résultant des vécus prolongés de mobilité et de travail dans des collectifs pluriels. Seront interrogés ici les effets de professionnalisation des périodes d’emploi à l’étranger, les types de savoirs acquis, de compétences maîtrisées au contact de différents lieux, milieux professionnels ou au sein de différentes cultures de métiers.

Axe 4 : La dimension interculturelle, liée au déracinement que voyager ou migrer implique, et les apprentissages nécessaires pour comprendre les nouveaux mondes rencontrés àl’épreuve de cette altérité. Ces apprentissages interculturels se composent non seulement de la maîtrise de compétences linguistiques mais aussi d’éléments culturels qui font sens dans « l’autre » univers social, des savoir-faire sociaux et relationnels incitant à inventer de nouvelles manières de voir, de dire, de faire.

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